17déc. 2004

ALESSANDRO BARICCO - Châteaux de la Colère

Presque tout Baricco est en place dès son premier roman, distingué en 1995 par le prix Médicis étranger, Châteaux de la Colère. Presque tout ce que l’on retrouvera plus tard avec Océan Mer, par exemple. Un lieu, des situations, des destins et des personnages oniriques et improbables, des noms sortis de nulle part (Quinnipak, Pekish, Pehnt) et une grande diversité de styles, du pur dialogue aux longues digressions poétiques. Un objet, une chose personnifiée au cœur de l’histoire, en l’occurrence, la locomotive Elisabeth. Et une intrigue discrète, d’abord à peine visible, mais qui se dévoile à la fin du roman.

ALESSANDRO BARICCO - Châteaux de la Colère

Albin Michel :: 1995 :: acheter ce livre
Traduit de l'Italien par Françoise Brun

A première vue, rien ne lie vraiment les petites histoires invraisemblables qui arrivent à chaque personnage des Châteaux de la Colère, hormis le fait qu’elles se croisent toutes à Quinnipak, petite ville imaginaire située quelque part dans l’Angleterre du XIXème siècle. Mais à bien y regarder, les protagonistes sont tous animés par une idée aussi fixe que farfelue : pour Monsieur Reihl (Monsieur Rail, donc, prononcé à l’Anglaise), se faire construire sa propre voie de chemin de fer de 200 km ; pour sa femme, une Jun Reihl aux lèvres magnifiques, traverser un jour l’océan pour se faire lectrice ; pour Pekish, découvrir la mélodie parfaite ; pour Horeau l’architecte, bâtir un palais tout en verre ; pour Pehnt, l’enfant à l’éternelle veste mal ajustée, trouver tout bêtement un sens à sa vie ; pour la fausse veuve Abegg, agir comme si elle avait été véritablement mariée. L’autre point commun, c’est l’innocence. Une innocence ni béate ni immaculée. Ces personnages ont des problèmes, ils se mentent, ils se fâchent, ils se trahissent et ils se trompent. Il se déroule même un quasi inceste. Mais tout se fait avec une absence absolue de toute méchanceté, avec le plus grand naturel, un naturel irréel.

La seule marque d’antériorité de ce roman n’est finalement que le style, encore bavard, pas aussi fluide que celui d’Océan Mer, infiniment moins concis que celui de Soie. Quelquefois, Barrico donne l’impression de se perdre, ou nous perd, nous lecteurs. Jusqu’à ces toutes dernières pages où tout s’explique et s’illumine, où le fondement et l’intrigue véritable du roman apparaissent tels une révélation. Enfin nous comprenons ce qu’est Quinnipak, qui sont vraiment ces personnages, où sont les châteaux et où est la colère. Enfin Châteaux de la Colère se montre tel qu'il est : un grand roman.

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