09fév. 2005

LYDIE SALVAYRE - Passage à l'Ennemie

De passage dans la FNAC de Tours, rayon littérature française, lettre S, je réalise que je n’ai jamais rien lu de Lydie Salvayre. Sur un coup, de tête, j’achète un de ses livres. Celui-là, dont le sujet paraît drôle. Et puis : ouais, bof.

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Le dévoué inspecteur Arjona est chargé par les Renseignements Généraux d’infiltrer une bande de jeunes désoeuvrés des cités. A contrecoeur mais avec un grand sens du devoir, il s’habille à leur image, adopte leur mode de vie et passe de longues soirées parmi eux dans les vapeurs de cannabis. Malgré la révulsion qu’inspirent ses nouveaux compagnons à cet homme droitier, épris d’ordre et biberonné à SAS, il est bien décidé à mener sa mission à terme. Mais peu à peu, charmé par Dulcinée, jeune femme mutique à l’arrière-train fascinant, le policier perd de vue sa mission et prend fait et cause pour la bande.

Passage à l’Ennemie rappelle le Pantaleon... de Vargas Llosa. A travers les rapports qu’il transmet à sa hiérarchie, le lecteur suit le parcours d’un homme d’ordre zélé propulsé dans un monde dissolu et étranger, auquel il finit toutefois par s’intégrer, avec une femme en arrière-plan et qui n’est pas pour rien dans la transformation. Mais ici, c’est moins drôle, moins fouillé et moins juste que dans le cas du capitaine péruvien. Difficile de déterminer où l’auteur veut en venir avec cet inspecteur Arjona qui pense comme un collégien mais qui écrit comme Lydie Salvayre, qui cite les auteurs grecs mais qui ignore qui est Baudelaire, dont les textes commencent comme le courrier bête et méchant des lecteurs du Figaro pour virer aussitôt sur un angélisme neuneu digne des militants de base du MJS.

A-t-elle voulu montrer qu’en changeant de camp, Arjona reste finalement le même ? Que ce Don Quichotte des RG, tout converti qu’il est, se montre toujours aussi peu nuancé dans ses jugements sur le camp d’en face, quel que soit le camp en question ? S’est-elle servie de l’Inspecteur comme porte-voix ? Fait-elle sienne cette dénonciation ras les pâquerettes des moeurs policières (en gros, les flics suent, gueulent, boivent, tapent et n’aiment pas les Arabes) ? Ou bien s’est-elle juste fait plaisir le temps d’une fantaisie, d’un exercice de style, d’un petit roman sans conséquence mais de saison en pleine période de fantasmes sécuritaires et de gesticulations médiatiques au Ministère de l’Intérieur ? Je ne sais pas. Je ne comprends pas. Et pour tout dire, ça m’indiffère.

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