25avr. 2005

LI ANG - La Femme du Boucher

Classique de la littérature taïwanaise qui, traduit en Français, se présente comme un roman naturaliste classique, avec dénonciation en règle des travers machistes et superstitieux de la société locale.

Flammarion :: 1983/1992 :: acheter ce livre
Traduit du chinois par Alain Peyraube et Hua-Fang Vizcarra

Militante féministe et indépendantiste, Li-Ang est à Taiwan, à la fois, une figure politique et un grand écrivain. La Femme du Boucher (Tuer son Mari, si l’on suit une traduction littérale) est le roman qui l’a fait connaître. Inspiré d’un fait divers, il relate la vie d’une pauvre femme simplette dans les années d’après-guerre, depuis son enfance d’orpheline crève-la-faim jusqu’à cette nuit de folie où elle tue et dépèce à la façon d’un porc sa grosse brute de mari.

De l’aveu même du traducteur, l’ouvrage perd en version française l’un de ses principaux attraits, à savoir son mélange subtil entre chinois classique et argot taiwanais. Dans notre langue, La Femme du Boucher se résume à un roman naturaliste on ne peut plus académique. Une série de personnages peu reluisants s’y côtoient : l’héroïne, sotte et superstitieuse ; la vieille voisine jalouse et médisante ; l’époux bestial qui s’adonne au viol conjugal ; la colonie de commères et leurs cancans sans fin. Tous sont diversement bas, bêtes ou méchants, mais aucun, au fond, n’est à blâmer. Le livre préfère montrer du doigt d’autres coupables comme les conventions sociales, les pulsions et les passions, l’inculture, la superstition et le machisme, un machisme accepté autant par les femmes que par les hommes.

Les traits de décor chinois et taiwanais sont nombreux, en particulier dès qu’il est question de croyances. L’ouvrage parle de dons aux morts, de fantômes de pendus et d’autres rites locaux. Pourtant, à ces détails et à quelques autres près (le sexe abordé de façon explicite et constante, le dénouement trash et sanglant) ce roman aurait pu être écrit dans notre XIXème siècle à nous, Européens. Ce roman, c’est Zola à Taïwan. Comme si sur le chemin de la libération de la société et de la femme, Taiwan était encore dans les années 80, à l’époque de ce livre, bien plus en retard que nous.

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