13avr. 2006

ROBIN HOBB - Royal Assassin (L'Assassin du Roi)

Elle est futée Robin Hobb. Elle l’est vraiment. Elle sait ménager ses effets et concentre l’essentiel de l’action à la fin de son long bouquin. Car avant que les aventures de son assassin ne s’affolent vraiment, la papesse actuelle de la fantasy nous fait sérieusement gamberger.

Bantam Books :: 1996
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Royal Assassin, deuxième volet de la trilogie des Farseer, est construit sur le même mode que le premier, Assassin’s Apprentice. Pendant 600 pages, il ne se passe rien, ou pas grand-chose. Contrairement à d’autres œuvres de fantasy où les héros combattent des montres à tour de bras et traversent sans cesse des contrées toutes plus étranges les unes que les autres, celle-ci est très statique. Hormis de rares sorties guerrières, les personnages principaux ne quittent pas Buckkeep, la ville et le château au cœur de l’intrigue. Et puis dans les derniers chapitres, tout s’affole, l’action et les personnages s’emballent, et tous les petits détails qui se sont accumulés pendant les parties précédentes, pendant ce très long calme avant la tempête, dévoilent tous leur sens.

Sauf que là, vraiment, l’écrivaine nous aura fait attendre. Dans le premier volet, déjà, il ne se passait pas grand-chose. Mais comme pour tout bon roman d’apprentissage, le lecteur prenait plaisir à découvrir l’évolution du jeune bâtard FitzChivalry, à suivre sa formation de noble, de combattant, de magicien et d’assassin. Cette fois, le roman ne s’étale que sur deux années et le garçon a cessé de grandir. Au retour du Royaume des Montagnes, et des épreuves qu’il y a traversées, le caractère du héros est fait. Il est proche de celui de son défunt père, le prince Chivalry, avec en sus les nombreuses frustrations que lui cause sa situation de bâtard et les lourds secrets qu’il est obligé de garder.

Cette fois, au lieu d’un roman d’apprentissage, Robin Hobb nous propose un roman psychologique, où la fantasy n’est qu’un cadre, un décor. Le livre n’est quasiment fait que des échanges et des parties de barbichettes entre le jeune Fitz et l’entourage du château. Pendant toutes ces pages, on voit le jeune garçon monter et descendre sans cesse les étages pour discuter avec la dizaine de personnages que sont le rustre Burrich, Chade le maître assassin, l’originale Patience, la jeune reine éKettricken, le déclinant roi Shrewd, son étrange bouffon, le gentil prince Verity, son méchant frère Regal et les jeunes magiciens Serene, Justin et Will. Sans oublier Nighteyes, un loup auquel Fitz se lie après lui avoir rendu sa liberté, et la servante Molly, amie d’enfance devenue sa maîtresse. L’histoire est celle des relations compliquées et changeantes entre toutes ces personnes.

Et pendant tout ce temps, il ne se passe quasiment rien. Il y bien un arrière-plan politique pesant : des attaques répétées de barbares venus de la mer, des dissensions entre les duchés du pays et des velléités séparatistes, un roi mourant et ses deux fils qui s’affrontent. Mais l’intrigue avance à la vitesse de l’escargot. A lire Royal Assassin, on croit parfois regarder un soap opera, de ceux où la fête de noël ou n’importe quelle réception s’étale de façon interminable sur une vingtaine d’épisodes. Ou bien une partie des Sims, ce jeu du vide qui consiste à faire faire pipi et prendre sa douche à des personnages fictifs. Il y a bien un espoir au milieu de l’ouvrage, quand il est question de lancer une quête pour retrouver de mythiques Ederlings. Malheureusement, ce n’est pas Fitz qui s’y colle, mais le prince Verity. Nous lecteurs, sommes punis. Nous devons rester avec le héros, confinés entre les murs oppressants de Buckkeep.

Robin Hobb est la reine du teasing. Elle nous fait gamberger. A maintes reprises, il est tentant d’abandonner ce livre déconseillé aux claustrophobes et de laisser Fitz errer indéfiniment dans sa citadelle. Mais l’écrivaine est assez adroite pour captiver le lecteur et ajouter un soupçon de sel là même où le récit semblait s’enliser. Royal Assassin ne s’abandonne pas si facilement. Et puis il y a cette fin, donc. Cette fin qui donne tout son sens et tout son intérêt au livre et aux centaines de pages mortelles qu’il a fallu se palucher avant. Cette fin toute en révélations, en précipitation, en trahisons, en menaces, en meurtres, en fuites, en magie et en séances de torture. Cette fin qui n’est pourtant pas tout à fait une apothéose, puisque Robin Hobb en a gardé assez sous le coude dans le but de nous faire subir les centaines de pages du volume suivant.

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