15fév. 2006

ALESSANDRO BARICCO - Novecento : Pianiste

Ca n’est qu’un petit texte très court écrit pour le théâtre. Mais dedans, il y a tout ce qui fait le charme habituel des romans de Baricco.

Mille et Une Nuits :: 1994/97 :: acheter ce livre
Traduit de l'Italien par Françoise Brun

Dany Boodmann T.D. Lemon Novecento vit depuis toujours sur le Virginian, le bateau même qui l’a vu naître. Abandonné au début du XXème Siècle par des migrants dans une boîte à citrons puis recueilli par un machiniste afro-américain, il n’est jamais descendu à terre. Il ne l’a envisagé qu’une fois, pas bien longtemps. Et maintenant, la trentaine passée, il est pianiste et il propose aux passagers de toutes classes une musique à fondre en larmes. Novecento n’a jamais appris à jouer, pourtant, il extirpe de son instrument des notes d’une beauté inédite. Tel est le singulier personnage dont le narrateur, ancien trompettiste sur le même navire, raconte l’histoire.

Cela n’est même pas un roman. Ca n’est qu’un monologue de quelques dizaines de pages écrit exclusivement pour la scène. Un intermède. Une récréation. Mais dedans, il y a tout ce qui fait le charme des livres de Baricco. Un héros lunaire travaillé par des idées fixes. Un lieu délimité et improbable, le bateau, habité ou traversé par toute une faune de personnages extravagants. Un style simple, dépouillé, parlé mais rempli d’astuces stylistiques. Une poésie de doux dingue. Des scènes rocambolesques. Une histoire, une vraie, avec une intrigue et un dénouement légèrement triste mais pas tout à fait.

Et puis il y a un message, aussi, une leçon de vie exposée à la toute fin du livre, au moment où le narrateur devient Novecento sur le point de mourir. Dans une ultime déclaration, le pianiste expose sa vision du monde. Il donne la clé de son talent et de son étrange personnalité. Comme souvent chez Baricco, son héros refuse la réalité et le monde des autres. Il manifeste son attachement irréductible à un rêve personnel. Avec l’écrivain Italien, ce qui serait dénoncé ailleurs comme une dangereuse tentation régressive devient une qualité, une réaction normale de recherche de confort dans un monde immense et incertain. Au bout du livre, Novecento paraît toujours aussi bizarre et différent de nous, mais beaucoup plus compréhensible, et plus enviable aussi.

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