16août 2006

FABRICE COLIN - Vengeance

Au terme d’une terrible bataille, victime d’un traquenard, Tirius Barkhan a finalement péri. Aujourd’hui, pourtant, un chef barbare se présente devant la capitale assiégée, et son épée s’appelle "Vengeance". Se pourrait-il qu'il soit le guerrier trahi ? Avec ce livre, Fabrice Colin a voulu nous livrer l’archétype du roman d’heroic fantasy. Noble projet. Malheureusement, en fin de parcours, il semble presque avoir changé ses plans, gâchant ainsi son livre.

FABRICE COLIN - Vengeance

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A trois reprises, Tirius Barkhan a été trahi. Une première fois quand on a laissé ses parents se faire massacrer par le démoniaque envahisseur Senthaï. Une seconde quand on lui a promis qu’il échapperait à la peine à laquelle il avait été injustement puni. Une dernière quand la campagne qu’il devait mener contre les ennemis de l’Empire s’acheva par un terrible traquenard. Mais aujourd’hui, alors que tout semble perdu pour Dât Lakhan, un nouveau chef barbare se présente avec son armée au pied des murailles de la capitale, et son épée s’appelle "Vengeance".

Avec Vengeance, Fabrice Colin s’est imposé un exercice de style : écrire un roman de fantasy dans le plus pur style héroïque, à la Howard, à la Conan. Et effectivement, tout y est. Les barbares y sont innocents et courageux, les civilisés complexes, vicieux et décadents. Le personnage principal est un homme pur, un guerrier hors pair et un héros rédempteur armé d’une épée mythique. Son histoire est un véritable mélo. Ses compagnons sont braves et fidèles. Son ennemi intime est un être difforme revenu d’entre les morts, et c’est le seul combattant à sa hauteur. Les envahisseurs sont des créatures surnaturelles impitoyables, effroyables et sadiques. Des nonnes gardent les secrets du monde au fond de leur monastère et elles pratiquent la magie la plus noire. L’homme à la tête de l’Empire, lâche et cruel, sombre dans la démence. Et l’histoire de tous ces gens s’achève par une bataille apocalyptique, dans un déchaînement de violence, de sacrifice et d’héroïsme.

Donner dans la littérature de genre n’est pas une tâche aussi aisée qu’on pourrait le croire. De prime abord, il peut sembler facile de parcourir un chemin balisé par des dizaines d’autres avant. Mais cela facilite aussi la comparaison, et donc la critique. Livrer un roman exemplaire d’heroic fantasy, c’est mettre en évidence ses compétences ou son absence de compétence en matière de style, de maîtrise de l’intrigue, de talent narratif. Or, ouf, justement, Fabrice Colin n’en manque pas. La première partie, celle qui met en scène la première phase de la vie du héros, le temps des trahisons, est parfaitement racontée. Mais la seconde est plus frustrante. Elle est faite de promesses non tenues, de teasing mal entretenu. Certains détails sont durs à avaler ou s’expliquent difficilement. Pourquoi, par exemple, l’imperator adopte-t-il un enfant sous prétexte qu’il ne peut concevoir, alors que son épouse vient d’accoucher, croit-il, d’un enfant mort-né ? Comment des sénateurs habitués aux complots ne démasquent-ils pas le double jeu grossier du perfide Adamante ? Qui plus est, certaines péripéties ne servent pas à grand-chose, comme celle des jeunes vierges sacrifiées (oh, comme les barbares sont méchants ; ah, mais si, en fait ils sont cools, ils les aident à sa sauver). Et certains compagnons du héros ne servent pas à grand-chose non plus, comme Selim, dont le seul intérêt est de faire le lien entre les deux phases de la vie de Barkhan.

Et puis à quoi sert donc ce fils caché qui combattra aux côtés du héros, sinon à en montrer une version plus jeune, ou à renforcer le sentiment de gâchis qui domine les dernières pages ? Colin ne mène pas l’histoire à son terme le plus logique, comme s’il n’avait pas voulu donner à son roman la fin théâtrale que le début annonçait, comme s’il s’était repris et avait décidé, finalement, d’éviter les clichés fantasy et de ne pas donner à l’histoire un tour trop attendu. Non, ni Barkhan, ni sa descendance ne prendra la place de l’empereur déchu. Aucun des compagnons ne survivra. Il ne subsistera quasiment rien de son épopée, sinon son nom et le souvenir de ses exploits sur les remparts de Dât Lakhan. De la première à la seconde partie, Colin glisse de la tragédie au nihilisme. Il donne l’impression qu’au milieu de son livre, il a changé de projet.

Dans Vengeance un roman en cache un autre. Et c’est vrai aussi de la morale de l’histoire. Il y a un premier message, aussi familier et cousu de fil blanc que le début de l’intrigue, et qui affirme que le mal doit s’attaquer directement à sa racine, la peur. Mais il y en a aussi un autre, qui recommande de ne pas laisser le passé empoissonner le présent. A la fin de son épopée, quand tout est détruit, alors que tout ce qui semble sauvé ne le sera peut-être pas éternellement, Tirius Barkhan se décide à aller de l’avant, à se débarrasser des fantômes des années passées. D’ailleurs, la vengeance qui est au cœur de l’intrigue et qui donne son titre au roman ne sera pas totalement, pas parfaitement exécutée. La conclusion véritable du roman est à trouver dans cette phrase que les nonnes de Mère Douleur prêtent au vieil Ocoon et qui fait écho aux premières lignes du livre : "j’ai enfin compris ce qu’était le passé : une sorte de bourreau jamais rassasié, le seul véritable en définitive". Parce que il n’est pas tout à fait le roman fantasy archétypal que Colin semble d’abord avoir voulu faire, parce qu’il change légèrement de nature sans pour autant surprendre et être original, Vengeance se montre au bout du compte assez frustrant.

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