18fév. 2011

MIAN MIAN - Les Bonbons Chinois

Mian Mian a des ambitions littéraires, et elles auraient tendance à être plus fondées que celles de sa rivale (et, paraît-il, plagiaire), Zhou Weihui, elles semblent plus à sa portée. Cependant, qu’on ne s’y trompe pas. Ce n’est pas par le style narratif qu’elle tient son lectorat occidental. Ce n’est pas par la tête ou par les sentiments. C’est par le cul. C’est par cette sexualité malsaine que l’Occident semble attendre éternellement de l’Asie.

MIAN MIAN - Les Bonbons Chinois

Editions de l'Olivier :: 2000 / 2001 :: acheter ce livre
Traduit du chinois par Sylvie Gentil

Dans le match qui oppose les deux portraits les plus marquants qui nous aient été faits ces dernières années d’une Chine nouvelle et délurée, ces Bonbons Chinois l’emportent sur leur rival, Shanghai Baby. Ce livre est mieux écrit (ou mieux traduit, qui sait). Les ambitions littéraires qui s’y font jour, via quelques procédés narratifs originaux, y sont moins superflus. Et puis surtout, ce roman sonne plus crédible, plus vécu, plus mature.

En lisant le Shanghai Baby de Zhou Weihui, on avait l’impression de découvrir le journal intime d’une adolescente qui venait de se mettre du sent-bon et de fumer son tout premier bédo. Mais avec le roman quasi biographique de Mian Mian, qu’aux dires de l’auteur, l’autre n’aurait fait que plagier, c’est une autre dimension. Avec ses scènes de sexe explicites et ses histoires de camés (à l’héro, à la kétamine, à l’alcool, etc...), tout est plus sombre, plus glauque, plus cru. C’est limite Moi, Christiane F., 13 ans, Droguée, Prostituée... , transporté avec deux décennies d'écart de la Vieille Europe vers l’Empire du Milieu.

Tout n’est pas parfait, pourtant, dans ce récit de quinze ans de la vie de Xiao Hong, de ses amours erratiques avec Saining le rockeur junky, et avec d’autres amants encore, de ses chtouilles et de ses addictions successives, de ses soirées underground sinistres qui ne donnent franchement pas envie d’en être. C’est long, ça se répète, ça tourne sérieusement en rond. Et puis, comme pour Shanghai Baby, cela ne sonne pas vraiment neuf. A peu de chose près, c’est l’histoire des années 60 et 70 en Occident, du naufrage du rêve hippy dans le cynisme et dans la dope, qui ne fait que se reproduire en Chine.

A une nuance près, tout de même, fondamentale dans cette Chine qui a accordé la liberté culturelle et sexuelle à sa jeunesse, pour mieux lui refuser la démocratie : contrairement à ce qu’il s’est passé en Occident, il manque la dimension politique. Celle-ci est la grande absente du livre, comme de la vie des protagonistes. Et pourtant, difficile de ne pas y penser, en creux, en suivant les dérives de tous ces personnages qui errent sans but, qui naviguent à vue, qui ne sont guidés que par des considérations sentimentales et nombrilistes, et par un vague espoir peu garanti de réalisation artistique. Et à qui, franchement, pour être cash, on a envie de mettre de bonnes paires de claques.

Si le livre a été censuré dans son pays, c’est parce qu’il dévoile les à-côtés du miracle chinois. Et s’il marche en Occident, c’est exactement pour la même raison, parce qu’il montre la face trash du vénérable empire, qu’il nous révèle les faiblesses du nouveau colosse mondial et qu’il conforte nos vieux préjugés sur une Asie où règne une sexualité, malsaine et, hum, débridée. On n’en demande pas tant à la littérature africaine ou latino-américaine. Mais celle d’Asie, c’est qu’on attend d’elle, depuis aussi longtemps que l’Occident se passionne, dans le grand pays voisin, pour des Mishima et pour des Tanizaki.

Et pourquoi pas, d’ailleurs ? Moi aussi j'ai acheté ce livre, je plaide coupable. Aussi mal ficelé soit-il, il a de quoi contenter bien des curiosités. Mais il faut juste se souvenir que, quel que soit le vernis littéraire du récit de Mian Mian, ou de Xiao Hong, son double, c’est par le cul plutôt que par la tête ou par les sentiments qu’elle tient ses lecteurs occidentaux.

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