24oct. 2011

ROBERT JORDAN - The Shadow Rising (Un Lever de Ténèbres)

Avec ses mille pages, The Shadow Rising est le plus volumineux des tomes qui composent The Wheel of Time, lui-même le cycle fantasy de la démesure et de la déraison avec ses 14 volumes (voire 15, si l’on compte la préquelle New Spring). Maintenant que le lecteur semblait bien accroché, à présent qu’il était captif, Robert Jordan pouvait se livrer à absolument tous les excès.

ROBERT JORDAN - The Shadow Rising

Orbit / Bragelonne :: 1992
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Les personnages d’abord, ne cessaient de se multiplier. A ce stade, le roman devait en compter plusieurs dizaines, peut-être même des centaines. Et d'autres protagonistes apparaissaient encore, dans un déluge de noms aussi exotiques les uns que les autres : Egeanin, Berelain, Alanna, Couladin, Lord Luc, Moghedien, Asmodean, Amys, Bair, et ainsi de suite à n’en plus finir.

Des alliances de tous types se nouaient et se dénouaient entre tous ces gens. On se méfiait de ses amis, on s’alliait temporairement ou définitivement à d'anciens ennemis. On s’aimait aussi, beaucoup, l'histoire d’amour entre Rand, le Dragon Réincarné, et Elayne, l’héritière du trône d’Andor, mais aussi entre Nynaeve la villageoise devenue magicienne et Lan le roi déchu, entre Perrin le forgeron et Faile l'aventurière, étant plus détaillées que jamais. Et d’autres amourettes encore se dessinaient, à la fin de cet énorme volume.

Rendant cette complexité plus affolante encore, chaque camp se fractionnait, et l’on ne savait bientôt plus qui combattait pour qui. Des guerres civiles ravageaient plusieurs contrées. Les défenseurs du Bien étaient divisés, la suspicion régnait entre eux. Les Aes Sedai, ces magiciennes qui président aux destinées du monde, se déchiraient avec violence. Les forces du Mal s'affrontaient aussi. Padan Fain par exemple, alias Ordeith, dirigeait sa propre armée de monstres, distincte de celle du Dark One (le Ténébreux dans la version française), le méchant de la série. Quant aux partisans de celui-ci, ils semblaient conduire des stratégies contraires, suivre chacun son but.

Les récits aussi, se multipliaient. Il y en avait trois dans ce livre : Rand chez les Aiel, Perrin au secours des siens, Nynaeve et Elayne à la poursuite de l’Ajah noir. Quatre même, si l’on y ajoutait les intrigues de Tar Valon. Et cette fois, contrairement au volume précédent, ces histoires ne convergeaient plus. Chacune avançait de son côté et s'achevait par sa propre apothéose. Aussi, l’auteur jouait-il plus que jamais de la longueur, de la lenteur et du crescendo, les 300 premières pages du roman se résumant à une longue attente, où presque tous les personnages patientaient au sein de la forteresse de Tear, récemment conquise. Tandis qu’à la fin, quatre chapitres de suite exposaient trois dénouements distincts, tous aussi dramatiques les uns que les autres.

Le cadre aussi s’agrandissait. Non seulement Jordan étendait-il toujours plus le périmètre géographique, en faisant visiter de nouvelles contrées à ses héros, en inventant de nouvelles cultures et de nouveaux lieux, en explorant des mondes parallèles, comme celui des rêves, en sortant même de la carte dessinée en début de livre. Mais il s’aventurait aussi dans d’autres ères. On en apprenait un peu plus sur l’ancien âge, celui des Légendes, notamment dans cet épisode central, l’un des meilleurs du livre, où Rand revivait des épisodes de la vie de ses ancêtres, et découvrait ainsi de nouveaux secrets.

C’était tellement monstrueux et enchevêtré qu’on se demande encore comment Jordan s’y prenait pour maintenir une cohérence, pour continuer à captiver le lecteur, pour ne pas se noyer dans cette marée de personnages et d'événements. Pourtant, pour qui ne se décourageait pas trop tôt, ça marchait, c’était toujours haletant, c'était immersif, même dans les longs temps d'attente et de latence, même quand il semblait ne rien se passer.

Que reprocher donc à Robert Jordan ? Ces héroïnes à la psychologie sommaire, à la personnalité interchangeable de chattes effarouchées ? Ces amitiés qui enjambent trop aisément les conventions et les barrières sociales ? Ces romances incompréhensibles qui sortent d'on ne sait où, celle par exemple entre le héros, Rand al’Thor, et deux femmes distinctes ? Ces éternels réflexes de pudibonderie des héros, confrontés aux mœurs plus libres d'autres nations ? Ces relances de l'action par le truchement facile d'une énième attaque de trollocs, les monstres du cru ? Ces tics de langages, ces formules et ces attitudes qui reviennent sans cesse, comme cette manie que semblent avoir toutes les femmes, dans ce monde, de croiser les bras ?

Oui, il y a aussi des défauts irritants, des détails abscons et du remplissage dans The Wheel of Time, en particulier dans ce tome. Mais finalement, ils sont insignifiants, compte-tenu de l’invraisemblable épaisseur de ces écrits.

ROBERT JORDAN - The Shadow Rising

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