16juin 2013

DAVID BENIOFF & D. B. WEISS - Game of Thrones (Le Trône de Fer) - Saison 3

Inutile de revenir sur l'attente qui a précédé la troisième saison de Game of Thrones, la série TV qui a amené à la fantasy des gens qui pensaient ne pas l'aimer. Celle qui leur a fait comprendre qu'elle ne se résumait ni à Willow, ni à Conan le Barbare version Schwarzy, ni au Seigneur des Anneaux hollywoodien de Peter Jackson. Celle qui a été à ce genre littéraire ce que le Nevermind de Nirvana avait représenté pour l'underground rock américain d'il y a 20 ans : la bonne œuvre au bon moment, une révélation, un triomphe grand public surprenant, et pourtant prévisible. Inutile, donc, de parler encore de cette attente : elle était considérable, à la hauteur du succès des éditions précédentes.

DAVID BENIOFF & D. B. WEISS - Game of Thrones - Saison 2

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De l'attente, il y en a pourtant eu davantage encore, une fois les nouveaux épisodes diffusés (et relayés immédiatement par des myriades de sites Web de streaming, avec leurs sous-titres artisanaux et approximatifs). Cette nouvelle édition, précisément, malgré les scènes d'apocalypse que promettait la dernière scène de la Saison 2 avec sa longue cohorte de Marcheurs Blancs, commence et se poursuit dans la lenteur, par de longues scènes statiques, où les personnages, assis ou en marche, ne font que discuter entre eux.

Ce qui n'est pas un problème en soi. C'est même justement cela, qu'un public réellement ou autoproclamé "adulte" a apprécié dans la série : la présence, plutôt que d'éléments fantastiques et des scènes d'action habituelles, de dialogues fins et savoureux, d'habiles parties d'échec verbales sous-tendues par des arrières-pensées et des jeux de pouvoir. L'une des forces de la série, précisément, c'est la qualité de ces derniers.

G. R. R. Martin avait bien préparé le terrain, par exemple avec les confessions de Jaime à Harrenhal, un monologue déraisonnablement long, et pourtant l'un des moments forts, et du livre, et du film. Mais les auteurs de la série vont plus loin encore : ils compensent la perte des vues subjectives concurrentes qui caractérisent le style narratif d'A Song of Ice and Fire, la version littéraire de Game of Thrones, par des dialogues retravaillés, voire totalement inédits. Leur budget, quoique conséquent, ne leur permettant pas de mettre en scène autant de combats que le livre (les deux confrontations de Sam avec les Marcheurs Blancs, par exemple, ont été fondues en une seule), ils les substituent par des paroles.

Cette fois, cependant, c'est plus voyant. Les scènes érotiques, qui variaient autrefois les plaisirs, et attiraient sans doute à la série quelques spectateurs supplémentaires, semblent moins nombreuses qu'avant. Aussi, le rythme s'est ralenti encore, puisqu'au lieu d'adapter un livre par saison, les auteurs ont décidé de raconter en deux fois A Storm of Swords, le troisième tome, il est vrai le plus dense de la saga (sans doute aussi le meilleur), d'en délayer les nombreux événements et soubresauts sur deux années.

Ce faisant, ils usent d'une vieille ficelle de la fantasy : jouer de la frustration, susciter l'attente chez le spectateur, pour rendre plus éclatante encore l'apothéose. Et cette fois, nous sommes servis. Bien servis. Car c'est à ce stade (et il est grand temps pour moi de prévenir celui qui ne connaîtrait encore ni le film, ni le livre, que la suite de cet article comprend un "spoiler"), au neuvième épisode de cette saison, que survient l'un des épisodes les plus marquants et choquants de la saga, celui même qui aurait donné aux réalisateurs l'idée d'adapter le livre pour la télévision : celui des Noces Pourpres.

Ce passage, qui occupe le cœur du troisième tome d'A Song of Ice and Fire, est géré avec habileté par les auteurs. C'est au terme d'un épisode presque anodin que cet événement sanglant vient saisir d'un coup le spectateur. Le déroulé, comme souvent, s'écarte du livre sensiblement, mais pour mieux en respecter l'esprit : l'assassinat de la femme enceinte de Robb, inexistant sur papier, retranscrit au mieux l'effroi suscité par la prose de Martin. Celui qui n'a pas lu le livre est sidéré (j'ai testé, avec un autre), celui qui sait ce qu'il va advenir a le ventre noué à l'approche du moment fatidique (j'ai testé moi-même). Nulle surprise si cet épisode a provoqué un tonnerre de réactions outrées sur le Web après sa diffusion.

Quand bien même les dialogues qui font l'essentiel du film n'étaient pas si prenants, ce dénouement, qui pousse plus loin encore l'outrage de la saison 1 (l'exécution du héros, Ned Stark) et pervertit le principe même de la série, récompense la patience du spectateur. Il confirme aussi le talent des réalisateurs, qui font quasiment de leur film l'égal du roman. Et qui, bien sûr, nous font attendre avec impatience la saison 4. Surtout quand, pour avoir lu A Storm of Swords, on connaît les nouveaux rebondissements qui s'annoncent.

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