21avr. 2013

GEORGE R. R. MARTIN - A Dance With Dragons (Une Danse avec les Dragons)

Il est drôlement foutu, ce cinquième volume d'A Song of Ice and Fire. Certes, c'est toujours du pur Martin, avec sa vision noire de la nature humaine, ces intrigues politiques de haut vol, ces personnages fins et attachants, même quand ils sont odieux. Il est riche, aussi, il est dense, et il a le mérite de renouer avec des protagonistes de premier plan perdu de vue dans le précédent volume, A Feast for Crow, considéré par beaucoup comme le plus faible de la série. Mais comme ce dernier, ce livre se montre statique et plutôt peu rythmé.

GEORGE R. R. MARTIN - A Dance With Dragons

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Auparavant, l'écrivain ne perdait pas de temps à décrire les longs voyages de ses héros. On voyait le personnage partir d'un endroit, et puis hop, dans le prochain chapitre qui lui était consacré, il arrivait à destination. Pas le temps, ni la peine, de tergiverser. Cette fois, au contraire, Martin nous raconte en détails la longue migration de quelques grandes figures de Westeros vers Meereen, la ville gouvernée par Daenerys Targaryen, comme Tyrion Lannister et, dans une moindre mesure, Victarion Greyjoy et Quentyn Martell. Ailleurs, dans le cas des aventures de Jon Snow, il ne se passe franchement pas grand-chose, le héros piétinant et mouronnant indéfiniment au pied de son Mur. Toutes ces pages apportent peu d'eau à l'intrigue, elles ne semblent avoir d'autre but que de la prolonger.

Il en est de même de cette multiplication de personnages, plutôt malvenue, au moment où nous entrons dans la deuxième moitié de la saga. Alors que dans les premiers volumes, l'histoire était racontée du point de vue de huit protagonistes, ils sont désormais près d'une vingtaine. Il y avait déjà toute la famille Stark (ou ce qu'il en reste), puis tous les Lannister (lesquels commencent aussi à se raréfier) et Greyjoy. Il y a à présent Barristan Selmy, un Jon Connington sorti brutalement du chapeau, et un Quentyn Martell qui n'aura servi au bout du compte qu'à une seule chose : libérer des dragons et se faire calciner par eux.

Il y a pourtant motifs à se réjouir avec A Dance with Dragons. On l'a dit, on retrouve des personnages, Tyrion, Jon et Daenerys, qui avaient disparu du tome précédent, et qui figurent parmi les plus attachants de la série. Soit, compte-tenu du rythme d'écriture désormais très lent de Martin, des héros dont les fans n'avaient plus eu de nouvelles depuis près de dix ans. Aussi, les histoires qui cheminaient en parallèle sur les continents d'Essos et de Westeros semblent enfin vouloir se rejoindre, ce qui était attendu depuis A Game of Thrones, le tout premier volume. Cependant, même là, on reste sur sa faim.

Alors que tous les livres précédents, même le mal-aimé A Feast for Crow, s'achevaient par une ou plusieurs apothéoses, A Dance with Dragons se clôt au moment précis où les choses sérieuses commencent : à l'aube d'un noir complot chez la Garde de Nuit ; à la veille d'une grande déflagration dans une ville de Meereen, hantée par des dragons sans maître ; et à l'instant même où Daenerys renoue avec les hordes Dothraki.

Cet ouvrage, à vrai dire, a quelque chose de bâtard, il est bizarrement construit, il ne ressemble pas à un vrai roman. Il comprend en fait deux moitiés de livres : la première, c'est un rattrapage, ce sont les chapitres qui manquaient au volume précédent, les aventures parallèles de tous ces gens dont on ne parlait plus ; et la seconde, où ils sont à nouveau presque tous mis en scène, c'est déjà le début du prochain tome.

A Dance with Dragons n'est pas un mauvais livre, il prolonge le souffle de la saga et il confirme son intelligence. Et si le rythme est ralenti, on sait que c'est la loi du genre, la fantasy, à la manière d'une symphonie, aimant jouer de la frustration et de l'attente pour rendre le finale plus grandiose encore. Le problème, avec ce cinquième tome, n'est pas tant dans le contenu que dans la forme : c'est un livre qui n'aurait pas dû exister, et que l'auteur, ou l'éditeur, aurait dû répartir entre ceux d'avant ou d'après, s'il avait eu le courage de sortir des volumes encore bien plus lourds que ces 1000 pages déjà fort bien garnies.

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