27avr. 2014

DAN SIMMONS - The Fall of Hyperion (La Chute d'Hypérion)

Se lancer dans une œuvre à épisodes est un exercice risqué. Ceux qui l'ont tenté se sont parfois perdus en route. Dans ce type d'entreprise, la suite s'avère souvent moins exaltante que le début. Elle laisse un goût amer. Le Retour du Jedi, pour citer un exemple qui parlera à tous, est un film hollywoodien fade, sans épaisseur. Mais il est en même temps le complément indispensable de L'Empire Contre-attaque, excellent quant à lui. On ne peut s'en passer. C'est un peu l'impression, aussi, que nous laisse The Fall of Hyperion, la suite du très prisé Hyperion de Dan Simmons.

DAN SIMMONS - The Fall of Hyperion

Doubleday :: 1990 :: dansimmons.com
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Ce premier volet, en effet, a été l'un des livres les plus cotés de la science-fiction récente. Un classique, pour beaucoup. Il compilait plusieurs histoires distinctes, toutes prenantes, racontées par des personnes au profil très différents, en route pour le même pèlerinage sur une planète éloignée. On sentait bien que, derrière chacun de leurs contes, il y avait une intrigue commune, que les différentes aventures qui étaient relatées étaient liées entre elles, ne serait-ce que par la présence d'une créature monstrueuse et étrange, le shrike, dans chacune d'elles ou presque. Mais cette explication commune manquait. Le récit prenait fin au moment même où les pèlerins arrivaient à destination, sans que la clé nous fut donnée. Hyperion s'achevait sur un point d'interrogation.

The Fall of Hyperion, justement, répond à la question - aux nombreuses questions - qui se posaient à la fin du premier volume. Enfin, au bout de ce second livre, tout ou presque est clair. Les différents récits se connectent entre eux, on comprend mieux l'état des forces en présence autour de la planète Hypérion et, au-delà, dans l'ensemble de l'univers habité. On saisit mieux les alliances et les objectifs de chaque parti. Le jeu, la nature et le but du shrike deviennent presque limpides, de même que ceux d'autres artéfacts, comme ces cruciformes qui ressuscitent les êtres, comme aussi ces labyrinthes qui existent dans les sous-sols de quelques planètes. Seules quelques explications manquent (par exemple, pourquoi est-il aussi compliqué pour Ummon d'expliquer aux humains où le Techno-Centre se situe, alors qu'il a pris leur parti depuis des années ? Est-ce juste une question de timing ?).

Ca y est, nous avons nos réponses. Mais c'est à peu près le seul mérite de ce second tome qui, dans l'ensemble, s'avère nettement moins passionnant que le précédent. Une bonne part du livre, en effet, se résume aux errances des principaux personnages auprès des Time Tombs, à leurs confrontations incompréhensibles (du moins au début) et triviales avec le shrike. Ils gambergent, ils patientent, ils piétinent, comme l'intrigue avec eux. Sans la richesse des contes précédents, sans ces intrigues au déroulé rapide, Hyperion perd toute sa saveur. Il n'y a guère que les ultimes pages, quand tout se dénoue enfin, qui suscitent l'intérêt. Et encore, il s'agit plus d'un soulagement, que d'une véritable apothéose. Enfin, le lecteur est délivré de sa longue attente.

Mais fallait-il vraiment un livre entier, pour aboutir à cela ? Dan Simmons n'aurait-il donc pas pu économiser 400 pages, et livrer la clé de l'intrigue en ajoutant simplement quelques chapitres au premier volume ? Ou mieux, ne fallait-il pas s'arrêter là, ne jamais livrer de suite, et laisser le lecteur ad vitam aeternam dans l'expectative, libre d'interpréter et d'imaginer l'énigme qui sous-tend toute l'histoire ? Quelquefois, en effet, il faut savoir s'arrêter.

Et si l'auteur ne sait pas le faire, alors le lecteur, lui, le peut, et se satisfaire de la fin apportée à ce deuxième tome, sans se soucier de la suite apportée par Simmons avec Endymion et The Rise of Endymion, les deux derniers volumes de ces Hypérion Cantos. Mais le pourra-t-il vraiment, sachant que l'auteur a pris bien soin de laisser quelques ouvertures et nouvelles énigmes à la fin, qu'il nous tarde à nouveau de résoudre ? Jusqu'à quel point saurons-nous endurer de nouvelles longueurs pour y trouver une réponse ?

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