20avr. 2014

ELISE MARIENSTRAS - La Résistance Indienne aux Etats-Unis

Quand on pense aux Indiens d'Amérique, et plus particulièrement à ceux des Etats-Unis, c'est une époque unique, généralement, qui nous vient à l'esprit : celle des guerres du XIXème siècle, des rebellions des Sioux, des Cheyennes et des Apaches, des chefs Sitting Bull, Crazy Horse, Cochise ou Geronimo, et d'épisodes spectaculaires comme la victoire indienne de Little Big Horn, ou le massacre de Wounded Knee. Ce moment de l'histoire amérindienne est sans doute le plus visible, ayant eu lieu juste à temps, avant l'apparition du cinéma, pour être aussitôt mis en scène et popularisé dans d'innombrables westerns.

ELISE MARIENSTRAS - La Résistance Indienne aux Etats-Unis

Folio:: 1980 / 2014 :: acheter ce livre

L'histoire des relations entre Amérindiens et colons européens ne se limite pourtant pas à ces épisodes. Elle a commencé bien avant, et elle se poursuit encore de nos jours. Dès la découverte de l'Amérique, s'est posée la question de la coexistence entre les deux populations. L'une d'entre elles ayant bénéficié sur l'autre d'une supériorité technique et démographique, l'autre a dû sans cesse trouver de nouveaux moyens de subsister, et de ne pas être supplantée. Bref, de résister. Et c'est le grand mérite d'Elise Marienstras, et de son livre de 1980, La Résistance Indienne aux Etats-Unis, tout juste actualisé et réédité en format poche, que de retracer l'ensemble de cette épopée.

L'historienne entame donc son récit au début, au XVIème siècle, quand les Amérindiens furent décimés par les épidémies venues d'Europe, mais que les colons, encore trop peu nombreux, devaient encore composer avec eux. Elle parcourt ensuite ce XVIIIème siècle où les différentes tribus surent préserver leur place en usant, par des jeux d'alliance, des rivalités entre les puissances européennes établies en Amérique du Nord, notamment celle entre l'Angleterre et de la France. Elle explique que, une fois ces dernières hors du jeu, la jeune nation américaine, désormais indépendante, put se consacrer tout entière à son expansion et rejeter ses indigènes toujours plus loin, à l'Ouest, dans des réserves sans cesse grignotées, voire les massacrer.

Elle montre surtout les mécanismes de résistance nombreux, subtils et variés, mis en place par les Amérindiens, pour contrer la pression démographique et militaire euro-américaine : la lutte armée bien sûr, au XIXème siècle, et même plus tôt encore ; de délicats jeux d'alliance politique ; la voie juridique ; l'affirmation identitaire ; des coalitions panindiennes ; la recherche de soutiens extérieurs ; des occupations et des marches pacifiques ; ou bien même l'acculturation, qui leur permit de s'emparer des armes de leurs adversaires, de leur culture, de leur religion et de leur loi, pour mieux les combattre.

Même si l'Amérindien est l'un des vaincus de l'histoire, il n'a pas disparu, et il fait même preuve aujourd'hui d'une certaine vivacité démographique. Son long combat ne fut pas tout à fait vain. A force de revendications, de démarches juridiques et de militantisme, il a été reconnu comme le porteur de modes de vie alternatifs, qui ont parfois su séduire l'homme blanc. Il a même largement contribué à façonner un statut spécifique pour les peuples autochtones, reconnu par l'ONU, et in fine, sous l'administration Obama, par les Etats-Unis eux-mêmes, un statut qui présente un défi aux conceptions occidentales traditionnelles en reconnaissant l'existence juridique de nations sans Etat.

La limite du livre, toutefois, c'est précisément ce grand écart sur 5 siècles, tenté en 300 pages seulement, composées pour beaucoup de documents d'époque. A cause de ce format assez court, le récit se montre plutôt factuel et linéaire. Il n'y a pas de place pour creuser, pour développer des thèses. Cet ouvrage n'est pas non plus une histoire complète des Indiens d'Amérique, de leurs métissages et de leur acculturation. La seule constante c'est, comme l'indique son titre, la résistance, la volonté pérenne des peuples indigènes de ne pas disparaitre. Cependant, celle-ci est loin d'avoir été unique et cohérente, du fait des innombrables tribus composant le monde amérindien, toutes confrontées à l'homme blanc à des temps différents de leur histoire.

Elise Marienstras fait preuve de sympathie pour les Indiens (après tout, ils ont été les victimes). Au risque de flirter avec la vision idyllique du bon sauvage et du proto-hippy anti-matérialiste, vivant en symbiose avec la nature, une vision qu'elle récuse pourtant en introduction, elle admire leur hauteur de vue, leur inventivité et les multiples artifices qu'ils ont mis en œuvre pour empêcher leur annihilation. Animée par cette sympathie, elle souhaite raconter l'épopée améridienne du point de vue des principaux intéressés. Le pari, cependant, n'est qu'à moitié réussi. Ce long récit qu'elle nous relate sur le destin des Amérindiens demeure, pour l'essentiel de ses sujets, une histoire subie.

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