22juil. 2008

ARTO PAASILINNA - Un Homme Heureux

Paasilinna a beau raconter toujours la même histoire, tous ses romans ne se valent pas. Pour preuve cet Homme Heureux décevant, une chronique villageoise dont le scénario aurait presque pu être celui d'un film français populiste des 70's, avec Henri Guybet, Aldo Maccione ou Jean Lefèbvre dedans.

ARTO PAASILINNA - Un Homme Heureux

Denoël :: 1976 / 2005 :: acheter ce livre
Traduit du Finnois par Anne Colin du Terrail

C'est l'histoire, toute simple, d'une vengeance. Un jour, l'ingénieur Jaatinen débarque à Kuusmäki avec pour mission de construire un pont au-dessus d'une rivière joliment appelée la Tuerie. L'homme est compétent, il se met à la tâche avec ardeur. Tout devrait donc aller pour le mieux. Mais dans ce village tranquille où, autrefois, pendant la Guerre Civile, les Blancs ont scellé leur victoire sur les Rouges, la présence du nouveau-venu dérange. Libre penseur, homme de caractère, esprit iconoclaste, Jaatinen embauche les communistes locaux et sympathise avec, manifeste son penchant pour la bouteille, renvoie les importuns qui viennent inspecter son chantier et couche avec les plus belles femmes du coin. Tout cela irrite tant que les notables locaux se liguent contre lui, qu'ils manigancent, et qu'ils obtiennent son licencement.

Cependant, l'ingénieur n'est pas homme à se laisser faire. Plutôt que de quitter la ville qui l'a si mal reçu, il s'y installe, il y fonde une entreprise, il la transforme de fond en comble et par un habile travail de sape, accroit la liste de ses partisans. Et bien sûr, à mesure que son pouvoir et que sa popularité s'accroissent, il prend une revanche méthodique sur chacun de ses adversaires : la police et le journal local sont forcés de rentrer dans le rang, il fâche le pasteur avec sa hiérarchie, il vole sa femme au proviseur, puis il ruine et destitue le maire, à la grande joie de ses amis et partisans ouvriers, ravis de ce retournement de situation.

Voici donc un Paasilinna comme les autres, avec la même morale que d'habitude. Un jour, quelqu'un décide d'oser, d'entreprendre, d'aller au-delà des conventions sociales. Et cela fait de lui un homme heureux, même si cela l'entraîne en parallèle dans une longue série d'aventures loufoques et rocambolesques, prétextes à maints comiques de situation. La seule chose qui change dans ce roman, c'est qu'il est plus statique que beaucoup d'autres du même auteur. Pas de road movie dans les froideurs scandinaves, tout se passe au même endroit, dans cette ville de Kuusmäki qui, elle aussi, connaîtra le bonheur le jour où elle aura tenté l'impossible. Pour le reste, c'est du Paasilinna pur jus, sauf que...

Sauf que celui-ci n'est pas du meilleur cru. Un Homme Heureux a beau avoir été la suite du très bon Lièvre de Vatanen, le manifeste de l'auteur finlandais, celui qui lui a apporté la célébrité, il s'avère nettement au-dessous. Moins de fougue, moins d'entrain, moins d'absurde. Trop d'explications sur les calculs commerciaux et politiques de l'ingénieur, trop de pages passées à nous expliquer comment il a rendu possible la transformation de Kuusmäki. Pas assez de souffle, trop peu d'humour, pas de fou rire comme pour bien d'autres livres du même écrivain.

Et puis avec l'histoire de ce macho sympa, avec les aventures de cet ingénieur qui finit bigame et roi du pétrole en ridiculisant des notables bêtes et méchants, avec cette fin "tout le monde est gentil", on se jurerait dans l'un de ces navets populistes pondus par le cinéma français en ces mêmes années 70, dans ce genre de film dont Jean Lefebvre, Henri Guybet ou Aldo Maccione étaient les acteurs fétiches (plus tard, c'est Christophe Lambert qui interprétera l'un des personnages du Finlandais, hum...). Cet écueil, certes, Paasilinna l'a toujours approché. Mais avant ou après ce roman, il a su le faire avec davantage de classe.

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