ROBERT KIRKMAN - The Walking Dead: Compendium Two

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Au bout du compte, pourtant, et c'est tout le mérite de l'auteur, l'intrigue prend un autre cours. On retrouve bien quelques motifs répétitifs dans ces nouvelles pages : les zombis attaquent, encore et toujours ; certains survivants aussi, qui sont les plus dangereux ; la nouvelle condition des héros les déshumanise ; ils cherchent à s'établir dans une colonie et à la sécuriser ; celle-ci se fait envahir ; et l'un des héros majeurs se retrouve gravement mutilé. Toutefois, à mesure qu'elle progresse, l'histoire change de dimension.

A l'origine, The Walking Dead était avant tout un roman (graphique) psychologique. Ce qui était captivant, ce qui lui avait valu les égards de la critique, c'était la finesse des réactions et de l'attitude des personnages. On nous présentait le comportement d'hommes et de femmes placés dans une situation de stress et de détresse, sans aucun des garde-fous établis par les sociétés et les lois, où les valeurs morales d'autrefois s'effaçaient devant la nécessité de garantir sa subsistance, dans un monde livré aux morts-vivants.

Cela n'a pas disparu, et donne lieu à quelques épisodes marquants, par exemple celui, intenable et glaçant, où Rick et Abraham sont confrontés, impuissants, à une tentative de viol sur Carl, le fils du premier, ou cet autre, quand les mêmes, avec l'aide de Michonne et d'Andrea, se livrent à une correction méthodique vis-à-vis d'une tribu de survivants anthropophage. Mieux que tout autre, ces passages mettent en scène ce processus de déshumanisation qui est l'un des thèmes majeurs de The Walking Dead.

Mais vers la fin, comme le marque l'intitulé du dernier chapitre (ou du dernier album BD), A Larger World, l'intrigue prend une toute nouvelle dimension. Elle passe du micro au macro, du psychologique au sociologique. Ce qui se profile, ce n'est plus l'histoire individuelle d'une poignée de survivants, mais celle, plus collective, plus politique, de sociétés humaines qui cherchent à se recomposer, et où s'illustrent des enjeux de concurrence. On devine que les épreuves qu'ont connues Rick et les siens ont été avant tout cela : une préparation rude et éprouvante à l'exercice du pouvoir. C'est d'autant plus patent que, comme par un clin d'œil, les héros se sont maintenant relocalisés dans l'immédiate proximité de la capitale de leur ancien monde, Washington.

Ce tournant intervient au fait au cœur même du compendium, dans les épisodes intitulés Too Far Gone et No Way Out, qui relatent l'arrivée du groupe de Rick à Alexandria. Ils y sont confrontés à un ilot, à un petit village d'irréductibles qui a réussi, par chance plutôt que pour ses compétences, à préserver la vie et le confort de l'ancien monde. Progressivement, cependant, Rick et les siens vont s'imposer. Ils vont s'emparer du pouvoir. Ils vont le prendre à celui qui, jusqu'ici, présidait aux destinées de l'endroit, Douglas Monroe, un ancien politicien professionnel, dont le passif et les compétences ne sont cependant plus d'aucune utilité dans le nouveau monde.

Ce passage est l'un des plus paisibles, dans cette série souvent crispante. Mais c'est aussi l'un des plus passionnants. Kirkman y illustre à nouveau, plus que jamais, le brouillage des frontières entre le Bien et le Mal. Alors que dans les épisodes précédents, le cruel Gouverneur pouvait passer, aux yeux de ses partisans, comme un homme bon qui les préservait des dangers du monde, Rick passe maintenant pour un dictateur en puissance, auprès des habitants d'Alexandria. C'est, en fait, et avec leur adresse habituelle, toute l'ambigüité du pouvoir et tous les faux-semblants de la politique, que Kirkman et les autres s'emploient à décrire, dans ces épisodes tardifs de The Walking Dead.

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