11juil. 2004

KIM STANLEY ROBINSON - Red Mars, Green Mars, Blue Mars (Mars la Rouge, la Verte, la Bleue)

La conquête de Mars. En voilà un thème bien tarte-à-la-crème pour un livre de science-fiction. Personne, cependant, ne l’a jamais traité avec autant d’ambition, de détails, de sérieux et de réalisme que Kim Stanley Robinson au début des années 90.

Bantam Books :: 1993-96
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La trilogie Martienne est la grande œuvre de Kim Stanley Robinson, déjà un classique incontesté de la science-fiction même pas 10 ans après sa sortie. Le sujet de base, pourtant, est on ne peut plus balisé : l’auteur raconte, en trois tomes et sur un total de 2000 pages, la colonisation sur deux siècles de la planète Mars. L’ouvrage se distingue toutefois de ses nombreux prédécesseurs par la minutie et le réalisme avec lesquels l’entreprise est décrite. Chef de file du courant Hard Science, Robinson s’est documenté, il a interrogé des scientifiques de la NASA et d’ailleurs pour rendre son roman le plus précis et le plus crédible possible.

Le résultat est impressionnant d’érudition. Sont abordées ici des questions de physique, d’astronomie et de techniques spatiales, mais aussi de météorologie, de géologie, de minéralogie, d’agrologie, d’hydrologie, de chimie, de médecine, de biologie, de botanique et de zoologie. Les sciences exactes sont largement représentées, l’auteur allant jusqu’à imaginer les développements futurs des mathématiques, mais les sciences humaines ne sont pas en reste. Trouvent aussi place dans cet ouvrage la science politique (par le biais de longs débats sur la future constitution d’un gouvernement martien), la psychologie et une histoire des civilisations bâtie à l’aune de cette nouvelle expérience interplanétaire. Cet encyclopédisme est autant la limite que l’atout de cet ouvrage. Il doit être rare, en effet, que l’ensemble de ces sciences intéresse un seul lecteur aussi assidûment que Robinson lui-même. A force de traiter sous toutes les coutures le développement possible de l’humanité, la trilogie martienne n'est pas exempte de longueurs et de moments ardus. L’auteur pourtant n’a pas oublié d’écrire un roman et les intrigues existent, qui apportent à tout cela de nombreux moments de suspense.

La trilogie martienne est une oeuvre à plusieurs voix. Chaque chapitre raconte un épisode de la colonisation vu par un personnage distinct, généralement l’un des premiers colons (des russes et des américains principalement, dont l’existence se voit considérablement prolongée par de nouvelles techniques médicales), et quelquefois leurs descendants ou de nouveaux venus. Tous ces protagonistes sont plutôt bien dessinés : ils sont marqués, reconnaissables, idéal typiques mais toujours vraisemblables, jamais caricaturaux, hormis peut-être le personnage néo-hippy d’Hiroko Ai, improbable déesse mère martienne venue du Japon (ah, ces mystérieux orientaux...).

Au long de ces deux siècles de colonisation, la vie de tous ces gens se remplit d’amours, de conflits, de trahisons, de péripéties, d’ambitions. Mais là n’est pas l’essentiel du roman. En bon livre(s) de science fiction, la trilogie martienne est avant tout l’histoire d’un monde. A l’échelle de deux planètes, puis du système solaire entier, Robinson invente des sociétés alternatives crédibles. L’un de ses tours de force, notamment, est de donner vie à ce gros caillou rouge, lointain et inconnu qu’est Mars. Celui qui vient à bout de ces trois pavés en sort expert en géographie martienne, il peut nommer sans mal les reliefs et canyons de la planète rouge. En bon livre(s) d’anticipation, la trilogie martienne sait aussi se servir du futur pour y traiter, y projeter et y amplifier quelques problèmes très actuels comme le vieillissement de la population, les migrations, les conflits interculturels, les relations complexes entre l’économique et le politique. Robinson en profite pour exposer ses propres convictions de gauche et son opposition au libéralisme occidental. Peut-être parce qu’il a vécu longuement en Europe, l’auteur, sur ce sujet comme d’autres, évite les américanismes habituels. S'il se montre Américain dans cet ouvrage, c’est surtout par l’optimisme qui le clôt et par une foi marquée en l’homme et en la science.

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