ICEBERG SLIM - Mama Black Widow

Holloway House :: 1969 :: acheter ce livre

La trame de Mama Black Widow s’apparente à celle des livres précédemment cités. A cause de sa couleur et de son passé, un homme se voit condamné à une vie dans les bas-fonds, faite de tout petits bonheurs (à court terme), de très grands malheurs (à long terme) et de dépendance (à la drogue, à l’alcool ou, dans ce cas, au sexe). La morale aussi reste la même : il est si difficile à un Noir du ghetto d’en sortir qu’il est acculé aux combines, aux expédients et à l’illégalité pour améliorer, ne fut-ce qu’un temps, son quotidien ; qu’en plus du racisme des Blancs, les préjugés et l’attitude de ses congénères l’y destinent.

Quelques points distinguent toutefois ce roman des autres. D’abord, Mama Black Widow n’est pas l’histoire d’une seule personne, mais d’une famille complète. Par le témoignage de son dernier survivant, c’est le destin tragique de toute un clan qui est conté. La condition et la vie du personnage principal, Otis Tilson, un homosexuel, occupent l’essentiel des premiers et derniers chapitres. Cependant, le livre traite aussi du sort de son père, de son frère, de ses sœurs, et surtout de sa mère, la Mama Black Widow en question, dont l’autoritarisme et la cupidité précipiteront la ruine des siens.

Le Chicago gay n’est pas non plus le cadre principal de l’ouvrage, même s’il est l’objet de passages truculents. Comme le sous-titre l’indique, Ce roman est celui de la plus basse des classes sociales afro-américaines, celle des Noirs du Sud qui ont rejoint les métropoles nordistes, voués plus que les autres à sombrer dans la pauvreté, l’indignité (le père), la prison (le frère), la prostitution (la première sœur), le charlatanisme (la mère) et à être la victime croisée des deux racismes, l’anti-Noir et l’anti-Blanc (la seconde sœur).

A cause de tout cela, Mama Black Widow est le plus pessimiste des romans de Beck. Si Iceberg Slim le pimp et Trick Baby restent mariés au ghetto, c’est qu’ils l’acceptent, c’est qu’ils le souhaitent, au grand dépit de certains de leurs amis. La biographie de ces deux-là se termine d’ailleurs par une note positive, avec un proxénète devenu écrivain et bon père de famille, et un arnaqueur qui tente une seconde chance dans une nouvelle ville. Tilson, lui, est confronté au dilemme inverse. Il rêve d’une vie de bourgeois afro-américain respectable, il la tente à deux reprises avec une femme, l’envisage avec un homme, mais chaque fois, sa dépendance envers sa mère et ses pulsions le ramènent vers sa vie pathétique de folle de service, moquée, violentée, abusée.

Dans les toutes dernières pages, on croit pourtant à une nouvelle vie, à une fin optimiste, comparable à celle de Trick Baby, pleine d’ouvertures et de nouvelles espérances. Mais un épilogue, lapidaire, raconte un tout autre dénouement. De bout en bout, Mama Black Widow demeure un épouvantable drame, l’histoire d’un naufrage intégral, un récit d’autant plus effroyable qu’il est crédible et présenté comme véridique.

Évaluer ce billet

0/5

  • Note : 0
  • Votes : 0
  • Plus haute : 0
  • Plus basse : 0
codotusylv

Author: codotusylv

Restez au courant de l'actualité et abonnez-vous au Flux RSS de cette catégorie

Commentaires (0)

Soyez le premier à réagir sur cet article

Ajouter un commentaire Fil des commentaires de ce billet

Les commentaires peuvent être formatés en utilisant une syntaxe wiki simplifiée.

Aucune annexe



À voir également

DONALD GOINES - White Man's Justice, Black Man's Grief

DONALD GOINES - White Man's Justice, Black Man's Grief (Justice blanche, misère noire)

White Man's Justice, Black Man's Grief est l'une des œuvres importantes de Donald Goines, celui qui,...

Lire la suite

ICEBERG SLIM - Pimp

ICEBERG SLIM - Pimp / DONALD GOINES - Whoreson

Avant même d'avoir été disponible sur disque, le gangsta rap a existé en livre, dès les années 60 et 70, sous la plume d'Iceberg Slim et de Donald Goines. Contrairement à d'autres écrivains afro-américains, ces derniers ne cherchaient pas à se conformer aux canons de la littérature classique, ils ne s'adressaient pas à un public académique de lecteurs acharnés et de bibliophiles. Non, ils écrivaient pour les leurs, les Noirs du ghetto. Dans leur propre argot, ils traitaient de manière extrêmement brutale et crue de thèmes, le sexe, la violence, la délinquance, le racisme, la pauvreté, qui leur étaient familiers.

Lire la suite