12mar. 2020

JON FAVREAU - The Mandalorian (Le Mandalorien)

La dernière trilogie de Star Wars est, dans l'ensemble, désastreuse. Et ce n'est pas l'abominable dernier volet qui a changé la donne. Visuellement, c'est toujours très beau, mais les personnages ne présentent aucune once d'intérêt. Quant à l'intrigue, elle oscille entre platitudes, rebondissements stupides et séquences bien trop inspirées de la première trilogie, le tout enchainé à une allure qui ne permet aucune respiration ni montée de tension. Cependant, tout n'est pas à jeter dans la période Disney. Sans être des chefs d'œuvre, loin s'en faut, les spin-off sont plus réussis (oui, même Solo, malgré le tombereau de critiques négatives déversé à sa sortie), et il y a de bons moments dans les séries animées. Ce que le public souhaite, désormais, et ce que ces projets lui offrent, c'est en finir avec les Skywalker, et explorer plus intensément l'univers imaginé par George Lucas, il y a plus de quarante ans.

JON FAVREAU - The Mandalorian

Disney+ :: 2019 :: DVD non disponible

A en croire son succès, The Mandalorian répond à ce besoin. La première saison de cette série a cartonné, contribuant grandement au lancement de Disney+, le service de vidéo à la demande créé par l'entreprise de Mickey. Quant à son personnage surprise, l'enfant, alias Baby Yoda, il s'est transformé en jouet à succès à Noël, et il n'est pas loin d'être devenu un phénomène de société. Comme les autres spin-off, celui-ci sert à combler quelques trous, nous présentant ce qu'est devenue la galaxie après la victoire de la Rébellion, quelques années après Le Retour du Jedi. La République y est rétablie, mais tout n'y est pas résolu, et l'Empire, quoi que défait, n'a pas totalement disparu. Il est capable de projeter ses stormtroopers sur telle ou telle planète, et il complote dans l'ombre pour préparer son retour. Le héros, surnommé Mando, étant un chasseur de prime sans aucune autre affiliation qu'à sa propre secte, les Mandaloriens, il a toute la marge de manœuvre pour évoluer d'un camp à l'autre. En tout cas quelques temps, avant que les choses ne se compliquent.

The Mandalorian, cependant, donne aussi dans le réchauffé. Après tout, quand les gens regardent Star Wars, c'est qu'ils veulent du Star Wars, avec ses batailles spatiales et ses sabres lasers. Ces derniers sont encore rares, mais de nombreux motifs rappellent les premiers films. Mando lui-même est un mélange entre Boba Fett (il est comme lui un chasseur de prime casqué) et le hors-la-loi qu'était le Han Solo des débuts. Yoda refait surface en miniature. Les bars ressemblent tous à la Cantina. Et bien sûr, on fait un nouveau détour par l'incontournable Tatooine, la planète paumée la plus fréquentée de l'univers. Toutefois la série ne s'inspire pas uniquement de la trilogie originale.

Ce n'est pas sans raison qu'elle est souvent qualifiée de western galactique. Avec ses chasseurs de prime, ses fusillades, ses bars mal fréquentés qui ressemblent à des saloons, ses errances dans des espaces désertiques, ses personnages au passé cabossé et prompts à la gâchette, ses arrivées en fanfare de la cavalerie, comme à la fin de l'épisode 3, c'est ce genre cinématographique qui est évoqué. Le quatrième épisode, celui où Mando s'allie avec Cara Dune, une déserteuse de l'Empire, pour protéger un village de paysans rançonné par des malfrats, est un copié-collé des Sept Samouraïs et des Sept Mercenaires. Les films de samouraïs, justement, sont une autre source. La confrérie des Mandaloriens, par exemple, rappelle les Japonais avec ses codes particuliers, son sens de l'honneur et son esprit de sacrifice.

Ces influences, c'est quelque part ce qui sauve la série. En lieu et place de la débauche d'images et de couleurs qui caractérise la dernière trilogie, plutôt que cette suite de péripéties mal rythmées qui la résume, The Mandalorian prend ses aises avec l'espace comme avec le temps, comme dans un bon vieux western de Sergio Leone. L'action est mise en scène avec une certaine lenteur, les silences sont nombreux, ils offrent le temps de s'imprégner des ambiances propres à chaque planète qui est visitée. Le Mandalorien lui-même est peu disert, il est avare de ses mots, il s'exprime avec calme et retenue. Avec lui, Star Wars redécouvre les vertus de la simplicité, une simplicité qui n'est pas simpliste, et qui n'interdit pas aux personnages d'êtres ambigus.

Ambigus, ces derniers le sont (et pas grossièrement, comme Kylo Ren, un homme qui passe de Côté Obscur à la Lumière comme on prendrait l'avion). Le héros se veut égoïste, individualiste, extérieur aux luttes qui déchirent l'univers, seulement motivé par l'appât du gain. En dehors de sa propre personne, il n'est fidèle qu'à sa confrérie, celle des Mandaloriens. Mais ce hors-la-loi prend la défense d'un enfant, quand à travers lui il revit son propre passé d'orphelin. Quant au gentil bambin tout mignon en question, Baby Yoda, il fait frémir d'effroi tout le monde quand il étrangle Cara Dune à distance, usant d'un pouvoir traditionnellement dévolu au Côté Obscur de la Force. Cara elle-même, comme la plupart des protagonistes de l'histoire, a un passé lourd au sein de l'Empire. Mais les circonstances peuvent changer : l'homme peut être façonné, sa morale évoluer s'il fait les bonnes rencontres, s'il vit les bonnes expériences, tout comme avec IG-11, ce droïde envoyé pour tuer l'enfant, mais qui devient son protecteur une fois qu'il a été reprogrammé.

Ce que nous offre The Mandalorien, c'est un monde rempli de Han Solo, le personnage le plus attachant de Star Wars, parce que le plus abrupt, le plus canaille, le plus dur-à-cuir, alors que la dernière trilogie, au contraire, avait préféré multiplier ces Luke et ces Leia en soif d'absolu. Chez les Skywalker, les pièces rapportées sont toujours les plus intéressantes. Et cette série en est pleine. Ça ne suffit sans doute pas à en faire un chef d'œuvre, ses épisodes ne sont rien d'autres que des films distrayants. Mais tout de même, quelle bouffée d'air frais, après avoir subi les autres épouvantables nanars.

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