Jean-Philippe Jaworski a choisi une drôle de structure pour Rois du monde, sa saga dédiée au monde gaulois d'avant l'invasion romaine. En lieu et place des trilogies habituelles en fantasy (si tant est qu'elle appartienne à ce genre), cette série est constituée de plusieurs "branches", elles-mêmes découpées en livres. Ainsi, alors que la première partie, Même pas mort, ne faisait l'objet que d'un seul et même ouvrage, la seconde est divisée en plusieurs tomes. Le premier De meute à mort, inaugure donc une suite de quatre (dans l'édition originale) ou trois livres (dans la réédition en poche), qui tous appartiennent à une même et grande "branche" intitulée Chasse royale.

JEAN-PHILIPPE JAWORSKI – De meute à mort

Ça va ? Vous suivez ?

Qu'importe, si ce n'est pas le cas. Car indépendamment de ces choix éditoriaux étranges, De meute à mort est un roman en soi, avec un début, une montée en puissance et une fin. Il a même le mérite d'être plus facile à suivre que celui d'avant : tout s'y passe en même temps, tout y est relaté du point de vue exclusif du héros, le légendaire prince celte Bellovèse. Et l'intrigue en elle-même se montre relativement simple, en dépit de sa profusion de personnages.

Son titre ne ment pas. Elle raconte pour de bon une chasse royale. Ou plus exactement deux chasses royales. Dans la première, ce sont un souverain et ses compagnons, dont Bellovèse, qui se lancent à la poursuite d'un grand cerf. Mais dans le second, c'est ce même roi qui devient le gibier. Priment alors les batailles et les combats, avec ce souffle épique propre à Jaworski. La course-poursuite, ce classique inusable du roman d'aventure, est racontée de main de maître par l'auteur. On y retrouve toutes les bravades, le courage, l'abnégation et la folie qui font les héros.

On renoue alors avec l'élan de Gagner la guerre, ce roman fondamental qui fait que, désormais, on achète les yeux fermés tout autre livre signé Jean-Philippe Jaworski. On en retrouve les accents canailles dans ces dialogues au style familier, indéniablement anachronique (quelqu'un parle de jeter des perles aux cochons, plusieurs siècles avant que l'Evangéliste Saint Matthieu n'invente l'expression), qui emploie les mots d'Audiard à l'époque des Gaulois, histoire de nous faire sentir toute la rudesse et la camaraderie virile de ces frères d'armes issus du fond des âges.

Comme toujours, Jean-Philippe Jaworski est soucieux du vocabulaire, il le veut riche. Il s'emploie à rechercher le terme rare, à l'excès, tant et tant que, parfois, ses romans sont à lire avec un dictionnaire. C'est le plaisir du mot pour le plaisir du mot. Et ça se ressent dans le récit, ça l'appesantit même. Quand prend place cette assemblée de rois celtes qui est le tournant de l'intrigue, l'auteur parle des Eduens, des Bituriges, des Carnutes, des Turons et des Cenomans, mais nous ignorons ce qui distingue tous ces peuples, sinon des accents et des tartans différents. Il nous parle de cités gauloises, des villes qui existent encore aujourd'hui, mais dont le nom celte ne nous évoque rien.

Le projet de Jaworski avec Rois du monde, est de faire resurgir un passé lointain. C'est de nous faire découvrir nos racines d'avant l'invasion romaine. Et il y parvient, quand il met en scène les coutumes et les rites d'alors, quand il évoque ses croyances, mêlant son histoire de moments fantasmagoriques, comme la rencontre de Bellovèse avec Le Forestier. Mais il en manque parfois le guide, l'encyclopédie. Les mots, ceux des peuples, des lieux ou des objets, ne se suffisent pas à eux-mêmes. Il faut qu'ils aient un sens, une couleur, une définition connue du lecteur.

Le monde du Vieux Royaume, celui de Gagner la guerre, était simple, il était facile à comprendre, même dépourvu de cartes, même avec ses points cardinaux renversés. Tel peuple évoquait les Florentins, tel autre les guerriers germaniques. Mais avec les Celtes d'avant César, nous n'avons plus aucun point de repère. Nous sommes perdus dans l'inconnu. C'est là une différence majeure entre les deux mondes de Jaworski. Dans la vraie vie, cet homme est professeur de français, il n'enseigne pas l'histoire-géographie. S'il est un grand amoureux du texte, capable malgré tout de nous embarquer dans un récit palpitant dont on ne peut plus s'arracher, il n'est pas un world builder.

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