26janv. 2011

ANNE BESSON - La Fantasy

Le livre d’Anne Besson, parfois jargonnant et ardu, n’est sans doute pas aussi grand public que le genre dont il traite, la fantasy. N’empêche, il est jusqu'à preuve du contraire la somme la plus complète et la plus convaincante jamais écrite en France sur le sujet.

ANNE BESSON - La Fantasy

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Commençons par souligner ce qu’est ou n’est pas ce livre : tout d’abord, il n’est pas une anthologie, un guide de lecture, une sélection d’œuvres phares du genre, la fantasy, dont il explore les thèmes, les formes, les évolutions, la réception et le positionnement. L’auteur, Anne Besson, n’apporte aucun jugement de valeur, elle ne laisse transparaitre que par petites touches, à peine décelables, son intérêt personnel pour tel ou tel cycle ou roman.

De même, et en dépit de son thème porteur, ce livre n’est pas destiné au grand public. Il est rédigé dans une langue savante, il est rempli de termes littéraires techniques et son style est empesé de lourdeurs universitaires, par exemple ces successions de citations, ou toutes ces transitions à la "maintenant que nous avons vu X, voyons donc ce qu’il en est de Y". C'est regrettable, car en dehors de cela, cette somme sur la fantasy, ce genre devenu dominant dans la littérature populaire, s’avère tout à fait excellente, pertinente et à jour.

Anne Besson, maître de conférences en littérature générale à l’université d’Artois, déjà auteur de plusieurs livres sur les genres de l’imaginaire, maîtrise admirablement bien son sujet. Comme le veut le principe de la collection 50 Questions, elle répond avec détail, nuance et érudition aux interrogations soulevées par la fantasy : est-ce un genre purement anglophone ? Comment se situe-t-il par rapport à d’autres littératures, contemporaines ou plus anciennes ? Quelles sont ses vraies racines ? Tolkien peut-il être dépassé ? Ce genre prolonge-t-il les mythes du passé ? Participe-t-il à un ré-enchantement du monde ? Pourquoi cette prolifération des thèmes et de l’imagerie fantasy dans la littérature, dans le cinéma et dans le domaine du jeu ? Sur quels ressorts son succès s’appuie-t-il ? Etc...

Ce faisant, elle évite les écueils qui guettent quiconque s’attaque à un tel sujet. Elle ne donne pas dans cette condescendance que l’on trouve tout autant chez les contempteurs des littératures de genre, que chez ces adeptes de science-fiction souffrant de la concurrence récente mais âpre de la fantasy. Au contraire, elle démontre combien les critiques habituelles que subit le genre, souvent taxé de passéiste, de réactionnaire, de manichéen, d'enfantin ou d’escapiste, sont superficielles et souvent incorrectes.

Cependant, en parallèle, Anne Besson détricote tout autant l’argumentaire de ceux qui, précisément parce qu’ils cherchent à le légitimer et à l’anoblir, mentent sur la vraie nature du genre. Non, précise-t-elle, la fantasy n’est pas la répétition des mythes de l’ancien temps ; même si elle s’en inspire, elle est un genre original et nouveau. Non, rappelle-t-elle encore, elle n’est pas l’enfant exclusif d’un trio d’auteurs anglais respectables, à savoir J.R.R. Tolkien, C.S. Lewis et Mervyn Peake ; malgré la qualité littéraire de leurs œuvres, les deux derniers ont eu une influence moins forte sur les développements du genre que l’heroic fantasy américaine et qu’un Conan le Barbare à l’idéologie contestable.

Si le texte d’Anne Besson peut se montrer parfois ardu, c’est que le sujet lui-même l’est, et qu’elle cherche à en apporter l’analyse la plus complète. En France, sur le sujet, nous avions déjà le Que-Sais-Je de Jacques Baudou (le même, plus récemment, a également publié une Encyclopédie de la Fantasy ), mais le format de la fameuse collection était trop contraignant pour plonger au cœur du sujet, et l’auteur accordait une place disproportionnée à quelques unes de ses œuvres de prédilection, comme le Gormenghast de Peake et L’Histoire Sans Fin de Michael Ende. Nous avions aussi la plus exaltante Critique du Merveilleux et de la Fantasy de Jacques Goimard, mais celle-ci était une compilation de textes divers plutôt qu’un traité exhaustif sur le sujet. Aussi ce livre d’Anne Besson mérite-t-il de devenir la vraie référence en français sur le sujet. Aussi vaut-il, largement, que l’on passe outre les difficultés et le ton parfois jargonnant de son contenu.

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