13janv. 2013

PETER JACKSON - The Hobbit - An Unexpected Journey (Le Hobbit - Un Voyage Inattendu)

Rétrospectivement, il faut avouer que Peter Jackson s'était plutôt bien sorti du piège qu'était l'adaptation visuelle du Seigneur des Anneaux, un livre longtemps réputé impossible à transcrire à l'écran. Les images de synthèse, l'argent et les techniques modernes ont aidé, c'est certain. Mais le mérite du réalisateur néo-zélandais est aussi d'avoir su concilier sans trop de dégât l'esprit de l'œuvre d'origine aux exigences hollywoodiennes, y ajoutant des éléments qui n'y figuraient pas, romance, humour, cascades, sans trop la dénaturer.

PETER JACKSON - The Hobbit – An Unexpected Journey

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Tout incitait donc à lui faire confiance pour cette seconde trilogie inspirée de l'oeuvre de Tolkien. Et de fait, une partie du contrat est honorée : disposant des moyens adéquats, Jackson nous en met plein les mirettes avec son Hobbit. Spectaculaire, par exemple, est l'introduction qui relate le destin funeste de la cité d'Erebor, comme cette fuite sous les montagnes où les héros sont pourchassés par des hordes de gobelin, à ringardiser, dans le genre course-poursuite souterraine, la scène dans la mine du deuxième Indiana Jones. Vu le budget, vu aussi le passif de Jackson, cela était attendu. Et sur ce plan, les millions de spectateurs qui ont déjà assuré un triomphe au film en auront eu pour leur argent.

Il manque pourtant, à The Hobbit, la savante synthèse que Jackson avait grosso modo réussie, il y a 10 ans. La tâche n'était pas facile, il faut dire. Même si Bilbo le Hobbit (tel que le titre avait été traduit en France) est un prélude au Seigneur des Anneaux, même si son intrigue prend place dans le même monde et qu'on y retrouve quelques uns des mêmes personnages, il n'appartient pas au même registre. Ce livre était, à l'origine, un conte pour enfants. Son ton optimiste et joyeux, son rythme rapide, ses aventures fantaisistes, n'avaient pas grand-chose à voir avec l'écriture plus adulte, le souffle épique et la nostalgie dense qui, dans sa version littéraire au moins, font la force du Seigneur des Anneaux.

Cette différence de nature entre les deux œuvres laissait deux options à Peter Jackson : être fidèle au livre original, ou le calquer sur la trilogie qu'il avait proposée une décennie plus tôt. Entre les deux, cependant, il semble ne pas avoir vraiment tranché.

On retrouve dans The Hobbit, version filmée, des passages réservés aux enfants : l'irruption de nains sans-gêne et chantants dans la demeure de Bilbo, ces trolls lourdauds qui se disputent jusqu'à l'aube sur la meilleure façon de dévorer leurs captifs, le concours de devinettes entre Gollum et le hobbit. Dans le même registre, destiné aux plus jeunes, Peter Jackson y va même de ses propres ajouts. C'est ainsi qu'il met en scène le fantaisiste Mage Brun, Radagast, qui n'est que mentionné dans l'œuvre originale, et le présente sous les traits d'un vieux hippy crasseux, chevauchant un traineau tiré par des lapins, d'une manière qui tient davantage de Walt Disney que de J. R. R. Tolkien.

Pour autant, le réalisateur n'a pas renoncé à faire de The Hobbit un autre Seigneur des Anneaux. D'abord, il a transformé ce roman court en une nouvelle trilogie fleuve, y ajoutant, comme avec Radagast, ou encore avec cet orque blanc, ennemi personnel de Thorin, de nouveaux épisodes de son cru. Alors que seuls Bilbo, Gandalf, Elrond et Gollum figurent dans les deux livres, sous des jours très différents d'ailleurs, Jackson y recycle aussi Frodo, Galadriel et Saroumane. Tandis que rien dans Bilbo le Hobbit n'annonçait la Guerre de l'Anneau, Jackson met en scène le Conseil Blanc, et développe l'intrigue autour du nécromancien de Dol Guldur. Et parfois, il adopte un ton dramatique qui annonce les périls à venir, soulignés par la reprise du thème musical de la première trilogie. Tout cela, cependant, sent la greffe, le réchauffé, notamment quand, avec Elijah Wood par exemple, le fond de teint et les retouches ne cachent qu'imparfaitement les traits vieillis des acteurs.

En cherchant à la fois à faire du grand spectacle hollywoodien, à respecter l'œuvre de Tolkien et à répliquer son Seigneur des Anneaux, Peter Jackson fait de son Hobbit un bâtard, dont on ignore s'il s'adresse aux enfants, aux adolescents ou aux adultes. Cela se manifeste à multiples reprises, par exemple avec la compagnie des nains, dont la plupart semblent tout droits sortis de Blanche Neige, alors que Thorin, physiquement comme psychologiquement, ressemble furieusement à un homme. A moins de s'appeler Legolas, il est difficile d'atteindre sa cible quand on en vise plusieurs à la fois. Peter Jackson y était parvenu une fois, avec Le Seigneur des Anneaux. Pas certain, en dépit de l'impact visuel et du succès commercial déjà confirmé du film, qu'il y soit parvenu totalement cette fois.

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