20janv. 2013

DAVID BENIOFF & D. B. WEISS - Game of Thrones (Le Trône de Fer) - Saison 2

Pour sa deuxième saison, le succès de Game of Thrones, version série télé, ne s'est pas démenti. En 2012, en effet, cette suite à l'adaptation de l'œuvre de George R. R. Martin a rencontré aux Etats-Unis des audiences encore supérieures à la précédente, ainsi que des records de téléchargement illégal comme de visionnement en streaming. Chez les adeptes de la version originale, la littéraire, cette suite n'a pourtant pas toujours fait l'unanimité.

DAVID BENIOFF & D. B. WEISS - Game of Thrones - Saison 2

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Il est vrai que pour cette seconde série, les réalisateurs prennent encore plus de liberté avec le livre. Obligés de caler en 10 épisodes de 50 minutes les plus de 1000 pages du second tome d'A Song of Ice and Fire (le vrai nom de la saga), un Clash of Kings plus dense que son prédécesseur, ils ont zappé quelques épisodes, et ils en ont fusionné d'autres : la destruction des nouveaux dieux par la Femme Rouge et la tentative d'assassinat à son égard, par exemple, deux moments distincts dans le livre, n'en sont plus qu'un seul dans le film ; à l'écran, Theon Greyjoy décapite Ser Rodrik, alors qu'il en tue un autre dans le livre, et que le vieux chevalier trouve la mort autrement.

Certains personnages disparaissent dans la série, comme ces mangeurs de grenouilles qui permettent à Bran de découvrir ses pouvoirs, comme les deux Walder Frey que son frère a pris sous sa protection, comme aussi l'essentiel de la maison Tully. Des épisodes sont remaniés. A l'écran, ce n'est pas de Roose Bolton qu'Arya devient l'échanson, mais de Tywin Lannister. Et comme pour la saison précédente, les scènes de guerre se montrent bien plus courtes que dans le livre. Ainsi en est-il de ce point d'orgue qu'est la bataille de King's Landing. On y voit bien les feux grégeois et des combats navals. Mais les exploits guerriers d'un Tyrion en furie y sont plus suggérés que montrés.

Parfois, les réalisateurs de la série simplifient le récit. D'autre fois, au contraire, ils y font des ajouts. Les scènes de nudité et de sexe, notamment, se multiplient. Certes, elles ne sont pas inexistantes dans le roman. Mais, à l'écran, c'est la fête. On ne compte plus les passages impliquant des prostituées et/ou prenant place dans un bordel. L'homosexualité de Renly, implicite dans le livre, est sans ambigüité dans le film. Et on atteint l'apothéose avec ce moment, absent du roman, où le jeune roi Joffrey demande aux putains que son oncle lui a envoyées de se livrer à des jeux sadomasochistes.

Cette surdose de sexe, et de violence, à l'ordre du jour dans certaines séries télévisées d'aujourd'hui, on l'observait déjà dans la première saison. Ce n'est cependant pas la seule addition. Les réalisateurs ont aussi anticipé des événements qui, dans la version littéraire, ne surviennent qu'au troisième tome de la saga. C'est le cas pour la fuite de Jaime et de Brienne, comme pour la rencontre entre la Garde de Nuit et les Autres, deux séquences d'ailleurs complètement remaniées, par rapport à leurs versions littéraires.

Aucun de ces changements, toutefois, n'est injustifié. La plupart sont d'habiles adaptations aux contraintes de la télévision. La scène finale avec les Autres, par exemple, permet un effet cliffhanger qui maintient le téléspectateur en haleine, et absent d'A Clash of Kings. En zappant des épisodes superflus, la série garde aussi une cadence soutenue, au moment même où, dans sa version littéraire, le rythme se ralentit. Le format télé s'autorise même des astuces inconnues au livre, comme ce neuvième épisode qui appesantit l'atmosphère en ne parlant plus que du siège de la capitale, et dont la singularité est soulignée par le générique de fin conçu par The National.

Pour la plupart, ces changements sont introduits avec adresse et à bon escient. Ils dynamisent le récit, ils le rendent plus svelte, davantage qu'ils ne l'appauvrissent. Rien ne dénature l'intrigue ou l'atmosphère, rien ne se fait au détriment des personnages, dont la série restitue plutôt bien, dans l'ensemble, la psychologie, les tourments et la singularité, l'unique exception étant Cersei, qui, en version TV, ressemble parfois à la méchante reine de Blanche-Neige. Quelles que soient les réserves éventuelles des puristes, les réalisateurs de cette seconde saison ont en fait accompli une petite prouesse : réaliser une œuvre sensiblement différente de l'originale, mais presque aussi réussie.

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