27mai 2006

YOKO OGAWA - L'Annulaire

L’Annulaire est l’un des récits les plus emblématiques de Yoko Ogawa, écrivaine japonaise contemporaine parmi les plus appréciées et les plus traduites de son pays. Désolé, j’ai sans doute loupé un épisode, mais à la lecture de ce court roman, je n’ai pas franchement saisi toutes les raisons de cette considération.

Shinco-Sha Co / Actes Sud :: 1994/1999 :: acheter ce livre
Traduit du japonais par Rose-Marie Makino-Fayolle

L’histoire prend place dans une ancienne pension devenue l’atelier de travail et le musée d’un taxidermiste. Mais attention, ce taxidermiste n’est pas le premier empailleur venu. M. Deshimaru s’emploie à pérenniser n’importe quel souvenir, être vivant, objet ou autre chose encore, confié à ses soins par ses clients. Cela peut être des champignons apparus sur les restes calcinés d’une maison brûlée, les ossements d’un moineau, voire un air de musique. Pour l’assister dans cette tâche d’un genre spécial, il embauche la narratrice, une jeune femme dont on ignore le nom et qui a la particularité de s’être sectionné l’extrémité de l’annulaire dans son ancienne usine de limonade.

Ce contexte d’un genre particulier permet à Yoko Ogawa de dévoiler son principal talent : une facilité à mettre en scène des ambiances malsaines, inquiétantes, troublantes, oppressantes. Tout dans ce roman étonne et met mal à l’aise. Il y a d’abord ces relations étranges entre les clients et leurs spécimens, ces objets ou autres dont ils veulent perpétuer l’existence, ce pur fétichisme dont le grand prêtre et l’adepte le plus fervent est M. Deshimaru lui-même. Il y a aussi la liaison moitié sexuelle et moitié professionnelle, cette fascination réciproque mais implicite, ce rapport de maître à l’esclave, qui prend naissance entre le patron du labo et sa nouvelle assistante. Il y a une toute petite pincée de suspense policier, qui ne se dissipe que très partiellement à la fin. Et il y a même un peu de fantastique, avec ces escarpins spéciaux que la narratrice reçoit des mains mêmes de son chef.

Rien n’est dit, tout est suggéré. Une grande place est laissée aux questions et aux fantasmes. La fin elle-même laisse l’histoire en suspend et permet de tout imaginer. En littérature, en art en général, cette pudeur est souvent marque de subtilité. Mais ici, elle est trop extrême. Ogawa nous laisse tout nus, sans indice, sans clé d’explication. C’est une littérature trop pure, et donc trop pauvre, qui laisse le lecteur sans message, sans idée force. Sans grand souvenir non plus, au bout du compte. Il ne subsiste que l’ambiance. Pour trouver complètement son compte dans ce livre, il faudrait soit maîtriser toutes les arcanes la culture japonaise, et vraisemblablement le lire dans le texte, soit être pédant et faire semblant de l’apprécier. Au passage, si une âme charitable de passage sur cette page se sent capable d’apporter d’autres clés de lecture à l’esprit étroit qui est le mien, elle est la bienvenue.

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