03oct. 2015

MATHIEU MENEGAUX - Je me Suis Tue

Pour son premier roman, Mathieu Ménégaux ne s'est pas simplifié la tâche. Cet homme, dont le premier métier est le conseil en management, a voulu se mettre dans la peau d'une femme, écrivant l'histoire atroce de son héroïne, Claire, à la première personne. Il nous fait part du cheminement de ses pensées, il nous parle des luttes intérieures qui la conduiront à commettre l'irréparable, puis à se retrouver dans cette cellule où son récit commence. Qui plus est, ce roman ne se contente pas de traiter de psychologie féminine. Il le fait sur ce qu'il y a de plus intime : le sexe, le désir d'enfant, la maternité.

MATHIEU MENEGAUX - Je me Suis Tue

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Le roman, en effet, raconte les mésaventures d'une quadragénaire bourgeoise et bien sous tout rapport, mais travaillée par le manque d'enfant, du fait de l'infertilité de son compagnon, et qu'un viol va chambouler, entrainant sa vie sur une pente néfaste, l'enfermant dans une spirale infernale faite de silences, de mensonges et de culpabilité. C'est un conte assez glauque que Ménégaux nous relate, une histoire plutôt malsaine, racontée exclusivement en vue subjective, faisant part des angoisses et des pensées tourmentées de son héroïne, et conclue par une chute cruelle et abominable.

Homme moi-même, je ne me risquerais pas à juger la réussite de cette entreprise. Je suis mal placé pour déterminer dans quelle mesure l'auteur a su rendre compte des affres de son personnage. De mon modeste point de vue, leur compte-rendu me semble dans l'ensemble assez crédible. Mais en dehors de son réalisme psychologique réel ou supposé, Je me Suis Tue (un roman dont la morale est, précisément, qu'il ne faut jamais taire ses douleurs), a d'autres atouts à faire valoir. A commencer par son intrigue. Même si l'horrible dénouement, incroyable concours de circonstance, paraît assez peu vraisemblable, Mathieu Ménégaux parvient à maintenir le lecteur en haleine, dévoilant un à un les épisodes et chaînons manquants, entre ce viol qui va tout déclencher et la réclusion de Claire, entretenant jusqu'au bout le mystère.

Ce court roman a en fait la concision et la vélocité d'une nouvelle. Il est raconté sans perte de temps ni mots inutiles (si ce n'est, peut-être, ces citations continues de chanson, ces samples presque, superflus, et parfois employés à contresens). L'auteur affirme avoir voulu, le temps de noircir ses pages, s'écarter un instant de sa vie de consultant. Sur sa fiche biographique, il précise qu'il en avait assez de rédiger des transparents en franglais, et qu'il était temps d'écrire en français. Mais il a gardé quelque chose de la discipline qu'impose la rédaction de slides PowerPoint : son écriture est rapide, fluide, droite au but, sans chichis "littéraires" (dans le mauvais sens du mot), sans formules emberlificotées. Et c'est aussi l'un des mérites de son roman.

PS : ah sinon, juste un détail. Une bonne fois pour toutes, le dogme de l'Immaculée Conception n'a rien à voir avec la naissance du Christ par l'opération du Saint Esprit, ni avec la virginité de Marie. Il proclame que cette dernière est née préservée du péché originel, ce qui est tout à fait différent.

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