20juin 2008

AMIN MAALOUF - Le Periple de Baldassare

Le même Maalouf que d'habitude : un personnage déchiré entre Orient et Occident ; un humaniste et homme de raison emporté dans le tourbillon de l'histoire ; un amoureux un peu prude, pour qui les femmes sont le seul remède à la folie des hommes. Avec cette fois pour cadre, une année 1666 travaillée par des rumeurs d'Apocalypse. La routine quoi.

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Celui qui a dit un jour qu'un romancier écrivait toujours le même livre avait raison. Cet Amin Maalouf contient strictement les mêmes ingrédients que Léon L'Africain, matrice de tous les romans écrits par la suite par le Libanais. Le Périple de Baldassare raconte l'histoire d'un humaniste confronté aux délires de son temps, d'un homme de raison en proie aux doutes, et qui entreprend un long voyage à travers un monde en plein chambardement. Avec ce Baldassare, marchand gênois établi chez les Ottomans, Chrétien d'Orient cruellement partagé entre les deux rives de la Méditerranée, l'écrivain met en scène un nouvel alter ego et s'attache à rappeler que les échanges entre civilisations chrétienne et musulmane ont autrefois été fréquents et féconds, que les deux n'ont jamais été aussi séparées qu'on le croit communément.

Avec Maalouf, d'un livre à l'autre, la seule chose qui change est l'époque et le lieu de l'action. Cette fois, Maalouf a planté le décor dans un grand nombre de pays des deux mondes, Levant, Grèce, Italie, Maroc, Angleterre et France, en une année 1666 qui porte en elle le nombre de la Bête et qui de fait, se trouve travaillée de toutes part, tant chez les Juifs, que chez les Musulmans ou chez les Chrétiens, par l'angoisse de l'Apocalypse. Par l'intermédiaire de Baldassare, parti de sa vieille boutique du Gibelet pour retrouver un livre maudit censé révéler le nom caché de Dieu, l'écrivain montre comment la déraison menace les plus sceptiques des hommes, comment la folie de ses semblables et les remous du monde peuvent l'entraîner vers la superstition et vers l'angoisse.

C'est une nouvelle fois admirablement traité. L'auteur fait preuve d'une érudition rare, multipliant les personnages et situations typiques de cette époque. Reste cependant le défaut habituel à Maalouf, ce reproche que l'on peut d'ailleurs étendre à la plupart des romans historiques : tout cela manque de sens. Il n'y a pas de véritable intrigue dans Le Périple de Baldassare, pas de fin qui se déduit du commencement. La seule conclusion à tirer à l'issue de l'histoire, c'est ce constat d'échec de l'homme multi-culturel, c'est la défaite de ce marchand italien établi en Orient qui, après de nombreuses déconvenues, doit revenir à Gênes, cette ville qu'il n'a jamais connu mais qui est le berceau de sa famille.

Cette morale mise à part, ce livre est avant tout roman picaresque, où les péripéties s'enchaînent les unes les autres sans suite logique, comme si l'auteur les inventaient au fil de sa plume, comme s'il emmenait son marchand gênois arbitrairement, dans le dernier lieu qu'il se mettait en tête de nous décrire. Mais peut-être est-ce précisément le principal message que l'écrivain libanais veut nous transmettre, quel que soit son roman : il veut nous dire que l'Histoire n'a pas de sens, qu'elle ne fait qu'entraîner les hommes dans son tourbillon, comme une feuille morte, et que le recours de l'homme censé ne saurait être que cet amour que Baldassare, malgré ce côté prude et pudibond que partagent tous les héros de Maalouf, rencontre rien de moins que trois fois, avec trois femmes et sous trois formes différentes, au cours de ses pérégrinations.

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